Au détour d’une librairie de la gare de Lyon, j’ai découvert un livre intitulé « La République numérique » et écrit par notre secrétaire d’Etat M. Eric BESSON. Plus que l’auteur, c’est le titre qui interpelle au premier abord et puis cette première affirmation : « Le numérique est républicain ».
Ces quelques mots, suscitent à la fois étonnement et interrogation. Etonnement pour l’association de ces termes qui n’est pas évidente. Interrogation pour savoir comment l’auteur démontrera dans l’ensemble de son essai cette affirmation.
Si M. BESSON présente de manière fort convaincante les bénéfices des technologies de l’information pour notre société sur les plans de l’économie, de la connaissance, de la démocratie, il ne démontre pas clairement en quoi le numérique, en lui même est républicain. Tout simplement parce que cette affirmation est en partie erronée.
Il est vrai que le numérique peut porter en lui des valeurs de notre république : l’accès libre à la connaissance notamment, l’émancipation de l’individu, etc…
Mais une technologie est un outil dont le manche est tenu par un individu ou un corps qui sait précisément à quelles fins il veut l’utiliser. Ainsi, le numérique sera républicain si ceux qui gouvernent au sens large, lui assignent une finalité républicaine.
De plus la gouvernance d’internet peut poser de nombreuses s interrogations. La principale nait du lien entre internet et démocratie.
Internet peut constituer un levier important pour construire un régime qui s’approche un peu plus de l’idéal démocratique développé par Rousseau avec la participation directe du peuple. D’une part avec le vote électronique, sous réserve que celui-ci assure un respect des règles électorales (préservation de la sincérité et du secret du vote), qui permettra une participation plus simple des citoyens.
D’autre part avec l’accès à la connaissance, permettant aux citoyens de se prononcer en connaissance de cause.
Cependant, sous ces aspects extrêmement positifs de nombreux points noirs apparaissent.
En 1er lieu, le risque de désacralisation du vote et de détournement et déformation de l’information accessible sur internet, prenant pour argent comptant tout ce qui est véhiculé sur la toile.
En 2nd lieu, le mode de gouvernance de l’internet mondial ne constitue rien d’une gouvernance démocratique. Elle est assurée en ce qui concerne principalement la gestion des noms de domaine par l’ICANN sous tutelle du gouvernement américain et par l’association des Etats via des « experts ».
Affirmer que « le numérique est républicain », c’est davantage manifester un souhait que constater une réalité.